nos SPECTACLES

MARIE
GRANDE GUEULE

 
 
TRAGEDIE DE Sylvie Blanchon
 
MISE EN SCENE Arnaud Guitton
 
DISTRIBUTION Sylvie CHOMBART, Alain BLAZQUEZ, Christophe FIEVET & Lucille BRUNEL
 
SCENOGRAPHIE Marie-Chantal DECEUR
REALLISATION SONORE Alice CALM
MUSIQUE LOSWAN
PEINTRE Patrick BLANCHON
 
PUBLIC Tout public à partir de 12 ans
DUREE 85 min
CREATION 2011
 
 

note d'Intention

 
L'énergie de Marie Grande Gueule est toute entière comprise dans les mots "fin" et "entre". Fin de colonisation, entre France et Algérie. Fin de couple, entre haine et amour. Fin de vie, entre suicide et sacrifice, entre beauté et stupidité, entre transcendance et incompréhension, entre violence et tendresse.
 
Il était donc nécessaire pour moi de placer les personnages de ce récit, construit comme un récit policier à suspens, dans un non-lieu, un lieu qui n'existe que par ce qui l'entoure. Un contexte spatial et sonore à la fois fort et dispersé, évoquant autant la France des années 60 que la Grèce antique, l'Algérie, un bureau ou une arène.
 
Puis passer du corps au coeur, oublier cet environnement pour laisser toute la place à la relation entre cet homme et cette femme, mari et femme déchirés par le destin de leur fille Marie.
 
Dans cet espace clos et confiné, Jules et Louise sont loin l'un de l'autre, se tournent souvent le dos, se croisent sans se rencontrer. Louise regarde Jules sans le voir, Jules ne regarde même pas Louise. Jules est souvent à la fenêtre, Louise tourne en rond comme un fauve dans une cage. Le temps passe, lentement, emportant tout sur son passage : l'amour, la patience, la tolérance. Non-rencontre, non-regards, violence des silences. Quand l'avocat est présent, il ne peut pas se tenir entre Jules et Louise sans ressentir immédiatement un malaise qui le pousse à changer de place.
 
Jules et dépassé par les choix de Marie, Louise ne les comprend pas, n'a pas la moindre clé pour les comprendre. Pourquoi ce sacrifice ? Besoin de reconnaissance du père ? Appel au secours en direction de la mère ? Abandon pur et simple d'un fils ?
 
Jules et Marie ne sont ensemble que pour attendre le verdict de Marie, parler de Marie, se souvenir de Marie, se déchirer à propos de Marie. Elle les uni et les sépare en même temps. Elle est entre eux sans parvenir à freiner la fin de leur amour.
 
Arnaud Guitton
 
 

l'Histoire

 
Jules et Louise Leroy entrent dans un bureau. Ils sont tendus, leurs visages sont fermés, leurs regards ne se croisent pas. Ils attendent quelqu'un. Pierre Martinez, avocat, arrive enfin, et par lui l'histoire se révèle.
 
Trois ans plus tôt, alors que la guerre d'Algérie vient de se terminer et que la famille s'apprête à rentrer en France, Marie, fille de Jules et Louise, jeune femme révoltée et engagée, tue un militaire français qui venait de violer et battre à mort une jeune algérienne.
 
Le procès se tient à huis clos. Marie risque la réclusion à perpétuité ou la peine de mort. Elle n'a pas voulu de la présence de ses parents à ses cotés, c'est pourquoi ils attendent dans ce bureau voisin de la salle d'audience. La frustration est immense, les informations arrivent au compte goutte par Martinez.
 
La délibération du jury est longue. L'attente est pénible, la tension monte. Martinez est por-teur d'espoir puis d'inquiétude car Marie se débat et hurle sa rage en plein procès.
 
Jules et Marie se rappellent les bons moments et les mauvais. C'est l'heure des reproches et des règlements de comptes. Jules défend sa fille en criant à l'in-justice, Louise, hantée par la culpabilité, passe de la colère aux larmes.
 
Quand Martinez vient leur annoncer le verdict, ils sont sur le point de se déchirer.
 
 

le Contexte

 
Le procès de Marie Grande Gueule se situe entre l'indépendance de l'Algérie en Mars 1962 et les évènements de Mai 1968, époque tiraillée entre les enjeux politiques et les malentendus de deux histoires, de deux cultures et de deux pays qui ne seront plus jamais les mêmes.
 
 

les Thèmes

 
La relation mère-fille de Louise et Marie. Une relation ambivalente, empreinte d'amour et de violence, de tendresse et de concurrence, victime de l'évolu-tion des mentalités et emblématique de deux gé-nérations qui se cherchent et s'affrontent. De ce dialogue cahotique entre tra-dition et modernisme naîtra peut-être la femme moder-ne. Marie Grande Gueule est en chemin vers Mai 68.
 
Le couple que forment Jules et Louise, unis par un amour "viaduc" capable d'enjamber des océans de divergeances. L'acte radical de leur fille, qui les renvoie à leurs enjeux non seulement de parents mais aussi de couple et même d'êtres humains, aura forcément des conséquences radicales sur leur union.
 
Le sacrifice de Marie qui re-nonce à la vie pour dénoncer l'horreur et la mort. Acte transcendant ou absurde ? Face à la mort d'un enfant il n'y a pas de réponses, juste des consolations qui ne viennent pas.
 
La culpabilité d'un père qui comprend trop tard que sa fille ira jusqu'au bout du combat. La culpabilité d'une mère d'être mère.
 
La tragédie grecque. La fa-mille déchirée par les passions : l’amour, la vengeance, le pouvoir. Le messager, incarné par Pierre Martinez l’avocat, porte parole(s) et témoin du procès. Le choeur, le bruit de la rumeur plébéienne comme un fond sonore qui monte de la rue. La fin tragique, le piège qui se referme doucement comme une fatalité sur Marie triomphante, criant sa rage d’aimer.
 
 

livre d'Or

 
Beaucoup d’émotion, de qualité et de sens. Le jeu des acteurs est très juste.
 
Gros coup de coeur ! Encore bravo !
 
Du suspens, des larmes, vous nous emmenez au cœur de cette belle histoire. Merci.
 
Marie et son petit bout de vie nous ont pris aux tripes.
 
Merci pour cette belle écriture et merci aux comédiens pour leur interprétation si juste et très émouvante ! J’ai apprécié la mise en scène sobre qui laisse toute la place au texte. Bravo !
 
C’est vraiment du beau travail ! Compliments !
 
Un texte fort et fort bien joué.
 
Bravo à l’auteur. Bravo aux comédiens. Vive les grandes gueules !
 
Nous avons passé un très bon moment, rempli d’émotions. Merci à l’auteur pour cette très belle pièce et aux acteurs qui l’ont si bien interprétée.
 
Marie Grande Gueule, Acteurs Grand Talent !
 
Ce spectacle, tant par le texte que le jeu extraordinaire des acteurs, m'a ému et touché à en pleurer à chaudes larmes. J’étais rassuré à la fin, à la vue des yeux brillants et rouges du public, de ne pas avoir été le seul. Les nombreux rappels en furent témoins.
 
Très belle soirée, émouvante et pleine. (...) La voix des femmes : la fille, celle qui ne veut pas être une victime passive, la mère, celle qui n’a jamais su s’affirmer. La solitude éperdue de chaque protagoniste enfermée dans ses convictions pour ne pas sombrer. (...) des individus qui peuvent se perdre dans leurs choix conduits avec détermination. Ah que c’était lourd de sens ces regards qui ne se croisent pas ! J’avoue avoir eu aussi presque de la tendresse pour cette pelote de laine comme symbole de ce qui peut se transmettre ou bien se perdre. (...) Que de bel ouvrage entre vous tous, un joli tissage (ou alors un tricot).
 
 

Presse

 
Découvrir un texte, fort, puissant, ciselé, à l’écriture fluide et incisive à la fois, qui nous guide intelligemment dans les méandres de la pensée. Découvrir, dans une mise en scène d’une sobriété qui ajoute à l’intensité du propos, des comédiens inspirés, Sylvie Chombart, formidable mater dolorosa, toute en ombre et lumière, Alain Blazquez un père qui se veut fort, qui croit en ses valeurs de générosité, touchant d’humanité, Christophe Fievet, avocat fier, besogneux, retors, Lucille Brunel, une Marie lumineuse et pathétique. (...)
 
Au fil de leur dialogue, nous découvrirons peu à peu les circonstances du drame, la personnalité de celle qui est jugée et surtout la leur. Parents déchirés, ils se soutiennent puis s’affrontent, essayant désespérément de trouver par où ils ont pêché pour que leur fille en soit là. Les souvenirs affluent, tour à tour joyeux ou bouleversants, les relations mère-fille pas toujours faciles, la vie quoi. (...)
 
Militantisme contre individualisme. Désir d’absolu contre celui de vivre tranquillement. Bravoure contre lâcheté. C’est tendre et violent. Et grâce au talent des interprètes, on sourit, on a la gorge nouée, on partage leurs émotions, on vit pleinement avec eux cet attente interminable et angoissante. (...)
 
Dans un rôle si court, Lucille Brunel marque les esprits, digne, courageuse et déterminée, et en même temps pleine de rage et de désespoir. Un spectacle dont on ne sort pas indemne et qui habitera longtemps les mémoires.
 
Nicole Bourbon - Reg’Arts - Décembre 2011