éric de TUGNY

Comédien
 
 
« Le monde est rempli d’éléments magiques qui attendent patiemment que notre esprit soit affûté. » (Bertrand Russel)
 
De toutes les branches qui constituent la connaissance scientifique, subsiste, dans un coin à part, celle des « sciences aimables » que sont la zoologie et la botanique, par opposition à celles dites « dures » : physique, chimie, mathématiques, génétique, biologie moléculaire, qui accaparent la grande majorité des chercheurs. Dans un temps qui paraît aujourd’hui lointain, l’étude des animaux et des plantes était enseignée en classe de 5ème, dans ce qu’on appelait alors les « Sciences Naturelles ».
 
Le point de départ de la passion d’Eric de Tugny pour les « bestioles » se situe sans doute là. A l’âge de 12 ans, il assiste, médusé, au cours du prof de Sciences Nat’ qui se fait hanneton vrombissant parmi les pupitres, ou papillon battant des ailes, déroulant sa trompe et butinant des fleurs imaginaires. Le monde poétique des petites bêtes s’ouvre devant lui… De retour de l’école, à plat ventre dans l’herbe du jardin familial, le nez sur le puceron, il poursuit la leçon.
 
Son cursus universitaire le conduit à une maîtrise d’entomologie. Il n’en fera cependant pas son métier, devient papetier et calligraphe, mais la passion reste intacte.
 
Peut-être Eric de Tugny s’est-il trompé d’époque. Il raconte volontiers que dans une vie antérieure il était dessinateur naturaliste à bord des navires qui exploraient les mondes nouveaux du XIXème siècle, ramenant de voyage ces planches magnifiques d’animaux et de plantes que l’on voit dans les musées.  Et on peut se demander pourquoi, en notre temps de frénésie informatique, on peut encore passer de longues heures à travailler du crayon et du pinceau sur une mouche ou un scarabée. Il serait sans doute plus sérieux de créer des œuvres conceptuelles ou de se perdre dans l’art abstrait…
 
Eric de Tugny est-il artiste ? Est-il utile ? Il s’en moque un peu, car rien ne lui plaît tant, dans le silence de son atelier, que de transcrire sur la feuille blanche l’infinie diversité des formes, matières, textures de l’Insecte vu sous la loupe, et d’essayer de révéler la beauté là où, de nos yeux devenus aveugles, nous ne voyons que choses insignifiantes. S’émerveiller encore et toujours, comme l’enfant devant son professeur… ne pas perdre le fil qui nous relie à notre monde fragile.
 
Eric de Tugny n’était pas de ces explorations lointaines du XIXème, mais c’est à Miribel-les-Echelles, son port d’attache, qu’il revient de ses pérégrinations dans les dunes du Sahara et les forêts tropicales d’Amérique Centrale, ses bocaux pleins de bestioles. Alors il allume sa pipe, taille son crayon, affine ses pinceaux et, l’esprit dans un ailleurs, fermant les écoutilles, poursuit son voyage.